22 mai 2019

Réforme des retraites : pas pour demain, mais pour après-demain

Le dossier de la réforme des retraites est sans aucun doute le plus explosif du quinquennat d’Emmanuel Macron. Si ses contours sont encore flous, objets de nombreux ajustements et débats, au moins jusqu’à la fin de l’année, une évolution claire se dessine : le système actuel de retraite par trimestre devrait céder la place à un système dit par point.

Bien malin celui qui pourrait dire aujourd’hui à quoi ressemblera le système de retraite français demain. Les divergences entre syndicats et patronats, mais aussi au sein même de la majorité, sont telles qu’il est impossible de dire ce qui figurera dans le projet de loi gouvernemental. Et une fois ce projet de loi soumis au Parlement, il ne fait pas de doute qu’il sera encore détricoté et amendé par les élus de la majorité, comme par l’opposition parlementaire, majoritaire au Sénat.

63,5 ans

C’est l’âge optimal pour partir avec une retraite à taux plein.

L’exemple le plus criant du flou artistique qui règne autour de cette réforme est évidemment la polémique, par médias interposés, autour de l’âge légal du départ à la retraite. Le chef de l’État a promis que l’on n’y toucherait pas, or les dernières réformes engagées sous Hollande et surtout, Nicolas Sarkozy, l’ont déjà fait glisser dans les faits. Désormais, les Français partent en moyenne à 63 ans et demi, l’âge optimal pour partir avec une retraite à taux plein, plutôt qu’à 62 ans, l’âge légal. Cette hypocrisie ne convient pas au patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a proposé le 18 avril dernier de repousser l’âge légal du départ à la retraite à 64 ans. Il a été aussitôt suivi par d’autres, dont des leaders politiques, parfois proches de la majorité. Le Haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a eu beau redire dès le 7 avril qu’on ne toucherait pas à l’âge légal actuel, 62 ans, le principe de réalité pourrait bien le contredire. Mais au-delà des zones floues comme celle de l’âge légal de départ à la retraite, de quoi est-on vraiment certain ?

Retraite : un système par points, et non plus par trimestres

Le système actuel, qui comptabilise les droits à la retraite en trimestres, devrait disparaître. Complexe, parfois injuste, il rendait aussi la fusion et l’unification des différents régimes de retraite délicate. Il sera remplacé par un système par points, comme dans la plupart des pays occidentaux.

Au passage, si le principe d’une fusion des systèmes de retraite est acquis, l’idée qu’il n’en reste plus qu’un demeure pour l’instant en revanche un vœu pieux. Tous ceux qui sont persuadés de sortir perdants d’une fusion s’activent pour l’empêcher, l’entraver, tout au moins la retarder le plus possible ! Il est plus que probable que plusieurs systèmes coexistent pendant une période transitoire.

D’ailleurs, ce qui est certain également, c’est que les jeunes actifs qui entreront demain sur le marché du travail ne seront pas traités de la même manière, en ce qui concerne leurs droits à la retraite, que ceux qui ont déjà vingt ou trente ans de carrière à leur actif. Une période transitoire s’ouvrira de fait, le temps que tous les actifs ayant eu ne serait-ce qu’un pied dans l’ancien système ne basculent dans le nouveau. Jean-Paul Delevoye a par ailleurs précisé qu’entre le vote de la loi et la mise en marche du nouveau système, cinq années pourraient s’écouler. Autant dire qu’il reste encore un long chemin à parcourir.

Réforme des retraites : fixée en 2020 ?

Autre certitude : les règles régissant la retraite en elle-même vont aussi évoluer. Aujourd’hui, par exemple, le cumul emploi-retraite est possible mais limité. Et surtout, ceux qui travaillent tout en recevant une pension ne se créent curieusement aucun droit supplémentaire depuis 2015 même s’ils cotisent à un autre régime de retraite. Le Haut-commissaire à la réforme des retraites a prévenu qu’il pèserait de tout son poids dans la négociation, pour faire évoluer ces règles.

Pour le reste… il reste, justement, tout à faire, tout à décider. Que vont devenir les réserves des fonds excédentaires ? Comment les trimestres vont-ils être convertis en points ? Comment certains droits acquis, ouvrant droit à des trimestres complémentaires dans l’actuel système, deviendront-ils des points et combien cela représentera, dans le nouveau ? Sans parler de la plus grande inconnue : la valeur du point en elle-même ! On le voit, le dossier de la réforme des retraites demeure un chantier largement entamé, mais surtout largement inachevé et encore semé d’embûches…

© Jean Baptiste Giraud, rédacteur en chef d’Economie Matin

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