Grand Paris : ambitions, avancées, défis pour demain
Stratégie

27/01/2017

Grand Paris : ambitions, avancées, défis pour demain

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Réinventer une ville sur une ville : les origines du projet Grand Paris Un million d’emplois dans 10 ans Attirer les investisseurs privés, engager les pouvoirs publics

Après le Brexit, la ville lumière a plus que jamais son rôle à jouer sur la scène européenne et mondiale. Précédemment à la tête de Paris Ile-de-France Capitale Economique, Chiara Corazza est maintenant Directrice générale du Women’s Forum for the Economy & Society. Elle nous partage sa vision du Grand Paris, un modèle de « smart manufacturing city » que le monde entier enviera. Retour sur les ambitions, les réalisations et les défis d’un Paris qui ose à nouveau croire en son avenir.

Réinventer une ville sur une ville : les origines du projet Grand Paris

Si l’Île-de-France était un Etat, nous ferions partie du G20 » commence Chiara Corazza, qui rappelle les trois atouts essentiels de la région. D’abord, son économie. Avec un PIB de 669 milliards d’euros, le bassin parisien se place devant des pays comme la Suède ou la Suisse. Une économie d’une grande diversité sectorielle, avec aussi bien de la pharmacie, que de l’automobile, de la finance ou des services. Ensuite, son territoire, vaste et varié. « L’Île-de-France, ce n’est pas un centre et la périphérie, mais une région d’interconnexion de nombreux pôles, avec chacun sa spécialité.

Elle évoque les centres de recherche de Paris-Saclay, le hub aéroportuaire de Paris-Roissy, le centre financier de Paris-La Défense ou encore la base aéronautique du Bourget. « Le temps du fameux « triangle d’or » est révolu ». Enfin, ces pôles d’activité seront connectés grâce à un réseau de transport parmi les plus performants du monde. « A l’inverse de villes comme Londres et son Crossrail de la banlieue à la City, Paris sera une ville connectée qui reliera les gens entre eux » s’enthousiasme-t-elle.

Le projet Grand Paris est né en 2005 de ce triple constat. Chiara Corazza explique : « le schéma directeur pour l’Île-de-France fixé à l’époque ne permettait pas d’exploiter au mieux les formidables atouts de notre capitale ». Pour elle, les enjeux économiques de l’Île-de-France sont en effet tels que villes et région ne peuvent s’engager seules : l’impulsion doit venir du plus haut sommet de l’Etat. « A l’époque, le gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy avait bien compris la nécessité de s’armer face à la concurrence entre global cities, villes-monde, et de rendre plus visible l’excellence de certains territoires, de les relier à Paris et aux aéroports ». Le projet Grand Paris voit le jour.

Un million d’emplois dans 10 ans

1 million d’emplois et un PIB multiplié par deux d’ici 10 ans : voici les estimations des dernières prévisions de Paris Ile-de-France Capitale Economique. Deux secteurs sont particulièrement concernés : les transports et le BTP. D’abord, les transports, avec la construction de 200 kilomètres de métro automatique, 68 gares et la reconversion de territoires à fort potentiel. Pour le seul territoire de Paris Roissy, 130 000 emplois seraient à la clé. Un projet auquel tient particulièrement Chiara Corazza : « Athènes, Venise, Gènes : avant, le commerce mondial s’organisait autour des ports. Aujourd’hui, les principaux hubs sont les zones aéroportuaires. Est-ce normal que le hub d’Amsterdam soit devant celui de Paris en Europe ? ». Un secteur qui doit se réinventer face aux nouveaux enjeux du 21ème siècle, comme par exemple l’avènement des véhicules autonomes qui changent la donne sur la gestion des parkings. Toutes les initiatives sont à prendre en compte et grâce à la présidence de Robert Vassoyan, Président de Cisco France, des propositions concrètes ont été faites en ce sens.

Est-ce normal que le hub aéroportuaire d’Amsterdam soit devant celui de Paris en Europe ?

Chiara Corazza Directrice générale du Women’s Forum for the Economy & Society

Autre secteur qui devrait bénéficier du Grand Paris, le BTP. « Le projet Grand Paris nous incite à repenser notre façon de construire les espaces, dans une logique plus connectée, durable et sociale ». A ce titre, des champions français comme Unibail font partie du tour de table de Paris Ile-de-France Capitale Economique pour réfléchir aux espaces commerciaux de demain, notamment dans les futures gares, de véritables « lieux à vivre ». La réalisation rapide du Charles-de-Gaulle Express est une condition de réussite.
Mais il serait réducteur de limiter le Grand Paris à ces deux secteurs. « A terme, le projet fera rayonner tous les pans de notre économie » continue Chiara Corazza. Elle évoque notamment le tourisme et met en avant le projet Europacity qui propose une nouvelle façon d’inventer le loisir. « Le concept a déjà séduit les investisseurs privés internationaux, comme le Groupe chinois Wanda qui compte s’associer à Immochan dans un programme global de 3 milliards d’euros ». Après « une nouvelle ambition pour Paris Roissy », Paris-Ile de France Capitale Economique se penche aussi cette année sur le développement de la porte sud de Paris autour d’un cluster sport/bien-être et du projet du grand stade de rugby. « Plus de 130 hectares sont disponibles pour inventer un espace où enceintes sportives et agriculture de proximité sont étroitement liées. Ce groupe de travail est présidé par le patron d’InVivo, Thierry Blandinières ».

 

A l’heure du Brexit, il y a aussi une opportunité à saisir du côté de la finance pour récupérer une partie de la place financière londonienne, même si « la concurrence de villes comme Luxembourg, Francfort, Milan ou Amsterdam risque d’être farouche ». Chiara Corazza y voit également l’occasion de récupérer les sièges de grands Groupes internationaux qui souhaitent se relocaliser dans une ville à « l’économie réelle ». De plus, à l’image de Détroit, ancienne place industrielle devenue bastion de la voiture autonome, Paris doit pouvoir répondre aux nouveaux enjeux industriels. Pour cela, elle doit se transformer en « smart manufacturing city ». « Les industries du 21ème siècle ont tendance à se relocaliser dans les grandes villes, là où sont disponibles les capitaux, les talents, les centres de recherches, les fablabs, les start-ups, etc. ». Une dynamique accentuée par le développement des nouvelles technologies comme l’impression 3D qui rend la frontière service/industrie de plus en plus poreuse et permet une production plus locale, au plus près des consommateurs. « Nous devons anticiper ces évolutions pour que le Grand Paris capitalise sur son économie diversifiée grâce au numérique ».

Attirer les investisseurs privés, engager les pouvoirs publics

Mais tous ces projets ne sont que des vœux pieux sans investisseurs. C’est tout le rôle de Paris Ile-de-France Capitale Economique, association œuvrant pour l’intérêt général et véritable passerelle entre le privé et le public . « Aujourd’hui, on estime que le Grand Paris mobilisera 50 milliards d’euros d’investissements publics et 80 d’investissements privés ».

Avec le soutien de groupes comme Engie, EDF, Vinci, La Française ou Accor, l’équipe frappe à la porte d’investisseurs étrangers (fonds souverains, banques, fonds de pension, grandes familles, etc.) pour présenter des projets structurants à 3 ou 4 ans. « Les investisseurs veulent du rapide, de l’efficace. Cela nous oblige à leur présenter des projets concrets, qui ont une réelle chance d’aboutir dans les prochaines années ». Hormis les investisseurs étrangers, le projet Grand Paris bénéficie du plan Juncker de la Banque Européenne d’Investissement à hauteur de 4 milliards d’euros, et de la Caisse des Dépôts.

explicationsrollando-34605-713x450 © Société du Grand Paris / Gérard Rollando

Concernant les investisseurs publics, Paris-Ile de France Capitale Economique joue un rôle de lobbying vis-à-vis des gouvernements. « En 2012 s’est par exemple posée la question de l’utilité réelle du projet de réseau ferré entre Paris et le plateau de Saclay. Grâce aux travaux menés sous la présidence d’Augustin de Romanet, alors Directeur Général de la Caisse des Dépôts, et à tout son engagement, nous avons réussi à finalement obtenir que la ligne 18 soit réalisée et Jean-Marc Ayrault, alors Premier Ministre, est venu l’annoncer avec cinq ministres de son gouvernement lors du Forum de Paris Ile-de-France Capitale Economique. Cette annonce a permis de redonner confiance aux investisseurs internationaux ». Mais pour Chiara Corazza, le principal enjeu avec le secteur public reste la gestion du temps. « En France, les démarches administratives sont très longues. Il n’est pas toujours facile de faire concorder le temps de la démocratie et le temps des affaires ». Un timing qui est pourtant au cœur de la réussite du Grand Paris, à l’image du Charles de Gaulle Express, dont la date de réalisation décidera de la sélection de la France pour les Jeux Olympiques de 2024.

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