La solidarité, moteur du dynamisme francilien

Le développement d’une région ne repose pas uniquement sur son économie. Il dépend également de la capacité de ses acteurs à soutenir les projets bénéfiques au progrès social. En Île-de-France, Nicolas Gradziel, co-fondateur de l’association La Cravate Solidaire, a depuis 2012 joint ses forces avec des associations et des entreprises afin de faciliter l’accès à l’emploi des personnes qui en ont besoin. Explications.

Nicolas Gradziel, co-fondateur de l’association La Cravate Solidaire,

« L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue »

« La Cravate Solidaire est née du constat assez simple de trois étudiants confrontés à la nécessité de s’acheter un costume pour aller passer un entretien », se souvient Nicolas Gradziel. Tout le monde le sait, entretien d’embauche = tenue correcte exigée. Oui, mais comment faire lorsqu’il est impossible d’investir dans un costume ou un tailleur ? 

« Pour les aider, nous avons eu l’idée d’inciter les actifs en poste à La Défense, où se sont déroulées nos études, à faire le tri dans leurs armoires. Plutôt que de laisser une chemise ou un pantalon dormir dans un coin, nous nous chargeons de les récupérer pour les offrir à ceux qui en ont besoin pour décrocher un emploi. » 

Le projet séduit immédiatement les médias, qui permettront de faire connaître très vite le projet de l’association auprès des habitants et des entreprises franciliennes.

La Cravate Solidaire ne fait pas uniquement don des vêtements pour les chercheurs d’emploi. « Nous ne voulions pas être un simple vestiaire », explique Nicolas Gradziel. « Porter un costume n’est pas si simple. Pour être à l’aise et se mettre en valeur, il faut pouvoir se l’approprier ! »

Porter un costume n’est pas si simple. Pour être à l’aise et se mettre en valeur, il faut pouvoir se l’approprier ! 

Dans cette logique, le trio fondateur construit l’association sur le triptyque : conseil en image, ressources humaines et photo. Chaque visiteur bénéficie d’un atelier individuel de deux heures, qui commence systématiquement par 15 minutes d’accueil et d’échanges autour de son projet professionnel. S’en suivent 45 minutes de conseil en images, essentielles pour trouver la tenue et les accessoires les plus adaptés à ses goûts ainsi qu’à son projet.

 « Nous offrons la tenue à la personne, qui la garde et passe ensuite un entretien blanc avec deux bénévoles professionnels des Ressources Humaines. » Codes verbaux, non-verbaux, poignée de main réussie, bon contact visuel… tous les conseils pour maximiser les chances de marquer positivement les recruteurs sont prodigués. À l’issue de l’entretien, une photo de CV est réalisée et offerte. « De quoi renforcer la confiance en soi, ce qui est essentiel. »

L’année prochaine, nous comptons passer à la vitesse supérieure et aider cette fois 2 700 personnes

En 2018, 1 700 personnes qui ont bénéficié de cet accompagnement sur l’ensemble du territoire, dont 800 à Paris. « 400 bénévoles en Île-de-France et plus de 1000 dans toute la France nous aident quotidiennement à accueillir les candidats et à les coacher », précise Nicolas Gradziel. « L’année prochaine, nous comptons passer à la vitesse supérieure et aider cette fois 2 700 personnes. »

La Cravate Solidaire, au bout de la chaîne d’insertion professionnelle

L’engagement des équipes de La Cravate Solidaire a fait ses preuves. Le taux de réussite des candidats passés par l’association est aujourd’hui de 70%. « Ce chiffre énorme n’est pas uniquement dû à notre action », tient à rappeler Nicolas Gradziel. « 75% des participants à nos ateliers sont orientés vers nous par des associations partenaires qui ont déjà mené avec eux un important travail d’insertion professionnelle. » Le co-fondateur positionne ainsi La Cravate Solidaire « au bout de la chaîne » de l’insertion. « Notre objectif est d’intervenir au bon moment du parcours de la recherche d’emploi. » Reconnue aujourd’hui d’utilité publique, l’association a bénéficié dès son lancement d’un travail de sensibilisation de la part des autres structures associatives à destination des habitants et des acteurs économiques de la région. « Nous n’allions pas faire ce qui existait déjà, nous souhaitions compléter leur action et apporter notre petite contribution dans la lutte pour l’égalité des chances ».

Dans ce combat, où les associations « contribuent ardemment » à la création de lien social et au décloisonnement, Nicolas Gradziel identifie un autre partenaire « indispensable » : les entreprises. « Elles jouent un rôle crucial dans le développement social du territoire. » Proches des associations locales, elles sont non seulement des partenaires financiers, mais également des soutiens de poids pour faire rayonner les actions solidaires auprès de leurs salariés et de la population. « 30% de nos bénévoles le sont pour la première fois », explique Nicolas Gradziel. « Leur entreprise nous fait confiance, ce qui rassure les salariés et les encourage à s’engager. » Au total, La Cravate Solidaire compte une quarantaine de partenaires majeurs, prêts à soutenir financièrement son action à Paris et dans le reste de la France. L’association organise des collectes de vêtements et des évènements de sensibilisation à la lutte contre la discrimination auprès d’environ 150 entreprises.

25 tonnes de vêtements ont ainsi été récoltées depuis le début de l’année 2018, dont 1,85 tonnes ont été récoltées durant la semaine du sociétariat 2018, organisée chaque année par le Crédit Agricole d’Ile-de-France. Les grandes banques de réseau possèdent une « force de frappe dont elles doivent se servir afin de favoriser le développement de leur territoire. Une collecte organisée avec le Crédit Agricole d’Ile-de-France est synonyme pour nous de visibilité assurée grâce à un réseau de proximité qui permet une collecte à grande échelle. »

Cravate mobile, cours de maquillage ou sophrologie : l’association fourmille d’idées

L’association fourmille de projets pour accélérer son développement. Nicolas Gradziel et ses équipes préparent ainsi l’arrivée de la « Cravate Mobile ». Ce véhicule sillonnera dès mai 2019 les départements 93 et 95 à la rencontre des chercheurs d’emplois. « La Cravate Mobile accompagnera 900 personnes sur les trois prochaines années », estime Nicolas Gradziel, dont le souhait est d’éliminer toutes les barrières à l’emploi. Pour y parvenir, La Cravate Solidaire mise, par exemple, sur le renforcement de l’accompagnement des candidats au-delà même de l’entretien d’embauche : « S’intégrer dans son emploi, sur le long terme, constitue une autre difficulté à surmonter !»

S’intégrer dans son emploi, sur le long terme, constitue une autre difficulté à surmonter !

La Cravate Solidaire lance également des ateliers consacrés à la familiarisation avec les outils digitaux, des cours de maquillage ou encore de sophrologie. Enfin, l’association souhaite pousser plus loin l’accompagnement personnalisé, en imaginant des modules « adaptés pour les personnes en situation de handicap, les réfugiés…» conclut Nicolas Gradziel.

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