Banques : un bel avenir dans le local

Depuis la crise financière de 2008, le « made in local » fait progressivement son chemin en France, séduisant de plus en plus ses habitants, ses entreprises et ses collectivités. L’enjeu pour les banques ? Contribuer au développement de ce modèle sur la durée, comme l’explique Raphaël Souchier, auteur[1] conférencier et spécialiste de l’intelligence collective.

Raphaël Souchier, auteur conférencier et spécialiste de l’intelligence collective.

Le made in local, témoin de l’après-jacobinisme

« Le made in local est une tendance lourde dans de nombreux pays … Même en France, pays de tradition jacobine », commence Raphaël Souchier. La raison : le changement de contexte économique et technologique, mais aussi un État sommé d’équilibrer ses comptes. « Dans notre pays encore si centralisé, on remarque que les TPE et PME ont beaucoup plus de mal que les grandes entreprises à se financer, alors qu’elles créent une grande part de la valeur, de l’innovation et des emplois. » Face à ce constat un rééquilibrage s’impose. La France doit, selon Raphaël Souchier, apprendre à « rattraper son retard culturel dans ce domaine » vis-à-vis d’autres pays européen où les décisions et l’activité économiques sont plus « agiles et décentralisées », afin que le made in local puisse permettre aux français de profiter de ses atouts. Les bienfaits de cette approche sont nombreux. « Les études réalisées depuis plusieurs décennies en Amérique du Nord montrent que lorsque des entreprises produisent et que les ménages achètent davantage localement, l’argent irrigue trois fois plus, en moyenne, l’économie locale ». On observe que la prospérité d’un territoire s’appuie en particulier sur la conjonction de trois facteurs : la diversité de son tissu économique ; l’importance de l’investissement local dans les entreprises ; enfin, le nombre d’entreprises dont la stratégie s’appuie sur les trois dimensions de la RSE (responsabilité économique, sociale et environnementale). 

Outre le fait que cela contribue à renforcer le dynamisme et la résilience d’une région, selon Raphaël Souchier, une économie locale prospère offre aussi un terreau plus porteur aux entreprises visant  l’international. « Le succès à l’international s’appuie souvent sur la solidité de la base locale. Voyez la Californie : son écosystème interne vertueux rayonne bien au-delà des frontières américaines. » Local et global ne sont donc pas opposés mais complémentaires.

Une attente des Français, un challenge pour les banques

Le made in local répond à une très forte attente des Français, plus sensibles que jamais à l’impact de l’origine des produits qu’ils achètent (maintien des emplois, impact environnemental, santé…). Cela vaut aussi pour leur épargne. Dans une étude réalisée par Opinion Way en 2017, 75% des répondants souhaitaient pouvoir choisir les projets financés par leur épargne, et 74% d’entre eux pouvoir en investir une partie dans des entreprises locales ou régionales. « Le problème, c’est qu’ils ne disposent pas des informations et outils leur permettant d’orienter facilement leur épargne vers des entreprises du cru », souligne Raphaël Souchier. Conséquence pour les banques ? A la fois une opportunité et un véritable enjeu pour soutenir dans la durée le développement d’un territoire.

« Contrairement à l’Allemagne, où les banques régionales, parfois spécialisées, voisinent avec les groupes nationaux et internationaux, les banques françaises ont eu tendance, au siècle dernier, à se concentrer à l’échelle nationale ou internationale, avec une activité généraliste (à la fois particuliers, entreprises et marchés financiers). » Comme nombre d’entreprises d’autres secteurs, certaines banques cherchent aujourd’hui à se reconnecter avec les territoires. Dans cette démarche, les banques mutualistes jouissent d’un avantage : elles sont plus proches, par nature, des épargnants et des entreprises locales. 

Leur rôle est fondamental : ce qui vaut pour toute entreprise vaut aussi pour une banque. Plus elle va dépenser localement, plus elle contribuera à la vitalité de son territoire.

« Il leur faut retrouver leurs racines et renouer avec une identité de proximité parfois un peu délaissée. » Il en va de leur développement mais aussi du bien-être de leur région.  « Leur rôle est fondamental : ce qui vaut pour toute entreprise vaut aussi pour une banque. Plus elle va dépenser localement, plus elle contribuera à la vitalité de son territoire. » Leur impact local se mesure à quatre niveaux. Tout d’abord leurs dépenses salariales et achats (impact direct), le maintien et la création d’emploi des fournisseurs et entreprises de proximité (impact indirect), puis la hausse de la consommation des ménages boostée par le développement économique (impact induit). Enfin, pour les banques, les prêts (impacts catalyseurs) qui vont générer de nouvelles dynamiques. « Si les fonds que la banque va débloquer sont davantage dirigés vers des activités locales, cela accroîtra leur impact positif sur le territoire. » En accompagnant ses clients dans l’orientation d’une partie de leurs investissements vers les entreprises, commerces et acteurs de sa région, une banque coopérative montrera sa capacité à contribuer concrètement à la prospérité son territoire.

« Localstake », taux bonifiés, cartes bancaires locales : des pistes à explorer

Pour booster plus encore le développement de leur région, Raphaël Souchier indique que nos banques peuvent s’inspirer de bonnes pratiques venues d’outre-Atlantique. « Des taux bonifiés peuvent être accordés aux professionnels contribuant à l’économie de proximité. Les banques peuvent intégrer cette dimension dans leurs outils de scoring lors de l’octroi d’un crédit. Ou encore proposer, en partenariat avec les commerces et entreprises locales, une carte de paiement offrant des avantages aux clients qui achètent sur le territoire. » Autres approches intéressantes : une plateforme comme localstake.com permet aux entrepreneurs et investisseurs locaux de se rencontrer ; les premiers y collecteront les informations des entreprises et se constitueront un portefeuille diversifié d’investissements locaux. Les seconds y trouveront de quoi évaluer la viabilité et le coût d’une levée de fonds, puis de la gérer de façon plus efficace et percutante. Une plateforme mixte entre innovation et coopération.  

La France n’est pas non plus dépourvue d’outils de financement pouvant être mis au service des acteurs locaux : « Notre loi sur le crowdfunding, l’une des plus favorables au monde, favorise cette pratique tant pour la dette, l’equity, que le don aux associations. » Enfin, les banques régionales gagneront à accentuer leur coopération avec les réseaux d’acteurs expérimentés dont regorgent les territoires pour faciliter leur création et accompagnement, le développement d’« entreprises pollinisatrices » et l’émergence de nouveaux économiques locaux durable.

 

[1] Raphaël Souchier, « Made in local. Emploi, croissance, durabilité: et si la solution était locale?” Eyrolles, Paris.

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